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La Presse
Opinions, samedi 12 novembre 1994
p. B3

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Excision : sommes-nous incapables de porter un jugement éclairé?

Fol, Catherine - L'auteure est cinéaste.

On savait que l'excision du clitoris de fillettes avait lieu au Canada mais on apprenait dernièrement, suite au XIVe Congrès mondial de gynécologie et d'obstétrique qui se déroulait à Montréal, qu'il y avait de plus en plus de petites filles qui en étaient victimes. Oups ! Pardon, je porte ici un jugement de valeur. Je reprends : «... de plus en plus de petites filles qui en font l'objet ! » C'est, comment dire... plus objectif !

Il semblerait que l'excision soit une pratique acceptable et même souhaitable dans certaines cultures. Ayons l'esprit ouvert. Nous avons pris l'option, comme société, d'accueillir des étrangers en respectant leurs valeurs, en acceptant la liberté culturelle et religieuse de chacun ; le choix de la tolérance, même si nous ne comprenons pas toujours les raisons qui motivent certaines actions. C'est une décision qui nous honore.

Mais est-ce une raison suffisante pour accepter que des petites filles se fassent charcuter le sexe? Non, bien sûr. L'excision est d'ailleurs interdite au Canada. Alors pourquoi y en a-t-il de plus en plus? Qu'est-ce qui nous empêche d'intervenir, de prévenir avant qu'il ne soit trop tard et qu'on ne puisse que constater les blessures?

Le ministre canadien de la Justice a fait savoir ce printemps que le code criminel ne serait pas modifié pour interdire l'excision. Je m'interroge. Serait-ce du sexisme? Non mais les gars, si une pratique culturelle étrangère visait à zigouiller le pénis des petits garçons, on peut imaginer que le gouvernement se déciderait à gouverner, non?

Et puis peut-être pas. Nous serions peut-être assez « ouverts », comme société, pour laisser faire aussi la mutilation des petits garçons. Soit ! N'empêche, pourquoi avons-nous tant de mal à porter un jugement ferme du genre : c'est acceptable ou c'est condamnable ?

Dès qu'un événement de ce type vient nous interpeller, dès que nous sommes à la veille de porter un jugement radical, on nous brandit la Charte des droits ou les fameuses circonstances atténuantes : les moeurs pour l'excision, l'Islam pour le hijab ou la virginité pour la sodomie !

Nous sommes quand même une drôle de société; où les pédophiles s'interrogeront à savoir s'il est moins grave de pénétrer ou de sodomiser des fillettes, et dans la maison voisine, des parents qui se demanderont s'ils doivent habiller leurs marmots avant de les photographier à la sortie du bain !

Il est paradoxal qu'une société qui, hier encore, tranchait au couteau le bien et le mal, le paradis et l'enfer, ne soit plus en mesure de porter un jugement éclairé. Que se passe-t-il donc dans notre beau royaume du Québec? Aurions-nous perdu l'usage du bon sens? Ou peut-être, comme disait l'autre, sommes-nous de plus en plus nombreux à croire plus intelligent de prêter foi à ce qui dépasse notre entendement ( ce qui revient au même ) !

On entend souvent dire que les Québécois sont ambigus. C'est une épithète plutôt sympathique. Et si derrière cette soi-disante ambiguïté se cachait en réalité un manque de jugement, une incapacité à prendre des décisions, à assumer ses responsabilités? Aïe ! Non mais regardons-nous en face et n'oublions pas notre histoire ! Il n'y pas trente ans, l'Église décidait tout à notre place. Dieu était le seul juge et on réglait le cas des questions essentielles en répondant : « Il ne faut pas chercher à comprendre, c'est un mystère. » La belle affaire !

Donc, nous ne serions pas ambigus mais plutôt incapables de porter un jugement éclairé. Nous aurions appris, depuis peu, à réfléchir, mais pas à assumer la responsabilité de nos réflexions. Nous sommes incapables de condamner l'excision comme une mutilation criminelle ou encore, incapable de dire oui ou non au port du hijab...

Pourtant, les Québécois de souche, ( comme on dit ), sont nombreux à avoir souffert des moeurs religieuses. Je repense à ces jeunes des années 60... Ils ont rejeté si radicalement la religion catholique ; comment peuvent-ils accepter aussi ouvertement les religions des autres, avec toutes les souffrances qu'elles engendrent?

Où sont-ils, ces jeunes d'antan? Ils sont au pouvoir, justement!

On dit qu'en vieillissant, on devient plus tolérant. Tolérant ou indifférent? On dit aussi que le Québec est une société vieillissante...

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