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octobre 2019

 

La Presse
Débats , 16 septembre 2019, écran 7

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Laissez-moi nourrir ma créativité

« Poly2023, créons l’avenir ! » Le titre du plan stratégique de Polytechnique Montréal pour les prochaines années déborde d’ambition.

Repousser les limites de la connaissance et orienter la recherche pour répondre aux enjeux sociétaux, voilà la mission de l’université d’ingénierie. Berceau d’aspirations, Polytechnique se veut un tremplin vers l’entrepreneuriat et l’innovation. Avec le lancement de Polytechnique.ai ce 11 septembre, le message est clair : à Poly, on innove. Dès lors, on s’attend à la promotion d’une éducation hors normes, une approche qui mise sur les talents de l’individu.

Sans contredit, la formation rigoureuse et exigeante offerte aux étudiants transmet les outils requis pour la conception de nouvelles technologies. Cela n’est pourtant pas suffisant pour l’innovation, qui demande également un esprit ouvert et inventif. D’où provient la créativité qui génère l’innovation ? Certainement pas du cours Programmation orientée objet ou bien de celui de Physique du solide II, mais plutôt du cinéma, de l’architecture, de la musique, de l’anthropologie, de l’astronomie, de la philosophie qui, tous, sont sources d’inspiration. Et qu’en est-il de la littérature ?

En fin de parcours, le programme du baccalauréat en ingénierie offre à l’étudiant 12 crédits au choix pour ouvrir la formation. La procédure pour s’inscrire à un cours hors institution, à l’exception des cours de langues, requiert l’approbation du responsable de programme.

Alimentée par le désir de découvrir une nouvelle forme d’étude et de me laisser inspirer par l’art dans le cadre d’un cours universitaire, j’ai soumis une requête d’inscription en bonne et due forme pour un cours de littérature et de technologies des médias.

J’ai pris soin de noter les qualités du Bureau canadien d’agrément des programmes de génie (BCAPG) qui se rattachent au cours de Littérature, technologies et médias offert par la faculté des arts et des sciences de l’Université de Montréal. J’appréhendais déjà un refus, consciente que la littérature et l’ingénierie ne font pas bon ménage selon la culture populaire ; un mythe à changer. La réponse de l’institution est décevante : « Historiquement, nous avons accepté des cours en sciences et génie, sciences de la vie et médecine. »

Historiquement, historiquement… Est-ce nécessaire de se rappeler qu’historiquement, l’ingénierie canadienne se limitait au génie civil et à l’artillerie de guerre ? Aussi, historiquement, il n’y avait pas de filles à Polytechnique.

VERS PLUS DE DIVERSITÉ

Résignée, je me suis repliée sur ma matière préférée, un cours de programmation mathématique qui, par contre, ne m’encouragera certainement pas à devenir une ingénieure multidisciplinaire, créative, curieuse. Je me demande : à quoi bon donner une formation uniforme qui mène à un seul type d’ingénieur ? Pourquoi réprimer la curiosité et la mener à s’éteindre à petit feu, et ce, au nom de la science ? Refuser la diversité revient à tuer l’innovation. Pour que la connaissance évolue, ne faut-il pas plutôt pratiquer des occupations qui libèrent l’esprit d’une forme logique propre à la science pour l’ouvrir sur d’autres horizons ?

La science développe la rigueur du raisonnement, l’art se tourne vers l’émotion et l’imaginaire. Il n’y a pourtant pas lieu d’opposer les deux, les fondations de l’un renforcent celles de l’autre.

J’en appelle aux membres de la direction, responsables de programmes et gestionnaires de la Polytechnique, à tous ceux qui désirent mettre fin à la dichotomie entre arts et sciences, à changer le cours de l’histoire, à faire des efforts et élargir le cadre de la formation en ingénierie vers une plus grande diversité. Et nous, étudiants, restons passionnés par les sciences, les mathématiques, mais ouvrons-nous aussi à la sociologie, à l’art et à la littérature, à toutes les disciplines qui font de nous des humains complexes, meilleurs, de meilleurs ingénieurs. Restons uniques.

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Madeleine Fol

 
   
 

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Réalisation initiale Sébastien Gauthier février 2005