Films Ecriture Expositions Conférences
Contact Matériel étudiants Science  et Joie
 
     
 

Dernières
nouvelles

 
 

- systeme locomoteur

- Trucs d'étude

- Edu Sexuelle sec 3

- Brainbee 2016

mai 2017

 
 

La Presse
Arts et spectacles, lundi 22 décembre 2003,
p. ARTS SPECTACLES 7

Cinéma

Catherine Fol dit toujours ce qu'elle pense

Perreault, Mathieu

"Il y a un sentiment spirituel chez plusieurs scientifiques qui n'est pas sans rappeler l'émotion religieuse."

En 1991, une jeune cinéaste a provoqué un débat de société au Québec avec un film sur le massacre de Polytechnique, Au-delà du 6 décembre. Le drame, qui s'est produit en 1989, était devenu un symbole de la violence envers les femmes parce que les 14 victimes étaient étudiantes en génie et que l'agresseur était un homme en colère contre les "féministes".

Catherine Fol avait choisi comme protagoniste une survivante de la tuerie qui avait lancé à l'assassin: "On n'est pas des féministes!" Son film, qui est sorti à la veille du deuxième anniversaire du massacre, témoignait pour beaucoup de féministes de l'apathie des jeunes femmes, qui ne se rendaient pas compte de la nécessité de poursuivre la lutte pour l'égalité des sexes.

Mme Fol a continué sur sa lancée, terminant en 1993 Tant qu'il y aura des jeunes, un film qui voulait montrer que la "génération bof" n'était pas aussi apathique que les baby-boomers le croyaient. Elle a fait un livre, Dans la tête des filles, à partir de ses réflexions sur le féminisme et les relations hommes-femmes.

Mais dernièrement, la carrière de Mme Fol a pris un tournant surprenant, du moins au vu de ses premiers films. Ses trois derniers documentaires portent sur la physique et l'astronomie. La Presse l'a rencontrée récemment, dans un café du Vieux-Montréal, pour discuter de ces deux phases de sa carrière.

"Deux phases? questionne-t-elle en sirotant un chocolat chaud. Peut-être. Entre Au-delà du 6 décembre et Tant qu'il y aura des jeunes, j'ai eu deux enfants. Mais je ne vois pas une différence aussi marquée entre mes films. À la base, j'aime voir la beauté du monde. Ce qui me fatiguait, à propos des jeunes et des relations hommes-femmes, c'était le côté négatif, la séparation entre les hommes et les femmes. Il y a moins de différence entre moi et un homme québécois qu'entre moi et une femme africaine."

Son dernier film, Ceci n'est pas Einstein, projeté au cinéma ONF jusqu'au début janvier, parle justement de sa fascination pour la beauté de la physique moderne. Mme Fol s'attarde longuement sur les manuscrits du père de la théorie de la relativité, couverts de formules en forme d'arabesques. "J'ai la faculté d'aller chercher l'art dans la science."

La cinéaste oscille entre l'"émerveillement" devant ce monde complexe et pourtant décrit par des formules si simplement élégantes, et l'adoration quasi religieuse devant cet univers qui nous fait nous sentir si petits. "Albert Einstein était incroyant; son dieu est celui de Spinoza. Mais il y a un sentiment spirituel chez plusieurs scientifiques, un besoin de transcendance, qui n'est pas sans rappeler l'émotion religieuse. Les astronomes amateurs vont chercher cette dimension en contemplant les étoiles. Les scientifiques ne veulent jamais embarquer là-dedans, alors j'ai eu recours à un jésuite du Vatican qui est astronome et a une vision raffinée de la religion."

Sa carrière de documentariste scientifique se base sur ses premières amours: le génie physique. Mme Fol a étudié à Polytechique. A-t-elle déjà pensé devenir ingénieure? "On devrait plutôt dire que c'est ma carrière de cinéaste qui est inattendue. Quand j'ai été choisie pour La Course des Amériques, en 1988, je devais aller étudier en astrophysique à l'observatoire de Meudon, à Paris, avec Hubert Reeves."

Quand Catherine Fol parle de ses parents, on ne peut s'empêcher de voir des parallèles. "Mes parents sont français. Je pense que mon père est un artiste. Il est jardinier. Il aime les sciences de la nature. Il a une passion pour les insectes et les pierres précieuses. Ma mère enseigne la biologie."

L'été dernier, Catherine Fol a perdu son travail à l'ONF à cause de coupes budgétaires. Son côté "fleur bleue", qui marque sa carrière, est venu à la rescousse. "Je vois le bon côté des choses. J'aime la beauté, l'amour, l'enfance. Quand j'ai perdu mon poste, j'ai construit une cabane dans un arbre dans le jardin, avec mes enfants. Elle est très bien, il y a un puits de lumière, et on voit le lac des Deux-Montagnes."

Illustration(s) : Mailloux, Robert
Catégorie : Arts et culture
Sujet(s) uniforme(s) : Femmes
Taille : Moyen, 523 mots
© 2003 La Presse. Tous droits réservés.
Doc. : news•20031222•LA•0057

[ Retour ]

 
     
 

www.CatherineFol.com Copyright 2011 Catherine Fol
Réalisation initiale Sébastien Gauthier février 2005